Une stratégie pour la survie ???
- 9 sept. 2016
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Restaurer les prairies : Si la destruction des prairies

et des forêts marque le début de la fin pour le climat de la planète, certains pensent que la restauration des communautés naturelles pourrait constituer une solution.
Au-delà de leur beauté et de leur valeur intrinsèque, des prairies intactes fournissent beaucoup de choses à l’humanité. De nombreuses cultures pastorales subsistent entièrement à l’aide des protéines animales si abondantes dans les prairies en bonne santé. En Amérique du Nord, des pâturages qui hébergeaient autrefois plus de 60 millions de bisons (et au moins autant d’antilopes d’Amérique, ainsi qu’une population importante d’élans, d’ours, de cerfs, et bien d’autres) supportent aujourd’hui moins de 45 millions de têtes de bétail – des animaux inadaptés à cet écosystème, qui endommagent leur environnement plutôt qu’ils ne l’enrichissent.
Des populations saines d’herbivores contribuent aussi au piégeage du carbone en augmentant le recyclage des nutriments, un phénomène puissant qui permet à ces communautés naturelles de réguler le climat mondial. Elles encouragent également la croissance des racines, qui capturent d’autant plus de carbone dans le sol.
Tout comme des herbivores ne peuvent survivre sans herbes, les herbes ne peuvent prospérer sans herbivores.
Les prairies capturent si bien le dioxyde de carbone de l’atmosphère que certains considèrent leur restauration naturelle comme une de nos meilleures solutions dans la lutte contre l’emballement climatique mondial.
« Les herbacées sont si efficaces dans leur fabrication d’un sol [riche en carbone] que la restauration de 75% des pâturages du monde ramènerait le niveau de CO2 atmosphérique au-dessous des 330 ppm en moins de 15 ans », écrit Lierre Keith.
Les implications sont immenses. Cela signifie, très simplement, que l’une des meilleurs manières de capturer les gaz à effet de serre atmosphériques est d’abandonner l’agriculture, qui se fonde sur la destruction des forêts et des prairies, et de se tourner vers d’autres modes de subsistance. Cela implique de se détourner d’un mode d’existence vieux de 10 000 ans. De repenser la totalité de la structure de notre système alimentaire – et finalement de la structure de notre culture dans son intégralité.
Certains individus visionnaires et ambitieux travaillent selon cette stratégie, dans une course contre le temps pour restaurer les prairies et stabiliser le climat de la Terre.
En Russie, dans l’état septentrional isolé de Yakoutie, en Sibérie, un scientifique appelé Sergei Zimov a un plan ambitieux pour recréer une grande prairie – un territoire autrefois parcouru par des millions d’herbivores comme des mammouths, des chevaux sauvages, des rennes, des bisons, des bœufs musqués, jusqu’à la fin du dernier âge de glace.
« Dans le futur, pour préserver le permafrost, nous devons ramener plus d’herbivores », explique Zimov.« Pourquoi est-ce utile ? D’abord, pour pouvoir reconstruire un bel écosystème [de prairie]. C’est important pour la stabilité climatique. Si le permafrost fond, beaucoup de gaz à effet de serre seront relâchés par ces sols ».
Le projet de Zimov est appelé « le parc du pléistocène » et s’étend sur une vaste région de buissons et de mousse, sur des communautés peu productives appelées « la taïga ». Jusqu’à il y a 12 000 ans, et pendant 35 000 ans, ce paysage était un pâturage hautement productif hébergeant de vastes troupeaux de ruminants, ainsi que leurs prédateurs.
« La plupart des petits os ne survivent pas, à cause du permafrost », explique Sergei Zimov. « [Mais] la densité des squelettes dans ce sédiment, ici et à travers l’ensemble de ces plaines : 1000 squelettes de mammouths, 20 000 de bisons, 30 000 de chevaux, et environ 85 000 de rennes, 200 de bœufs musqués, et autant de tigres [par kilomètre carré] ».
Ces hordes de ruminants accompagnaient non seulement des prédateurs, mais préservaient le permafrost, ce sol qui contient aujourd’hui 5 fois plus de carbone que toutes les forêts tropicales du monde. Selon Zimov, le fourrageage hivernal de ces herbivores en était le mécanisme de préservation.
« En hiver, tout est couvert de neige », explique Zimov. « S’il y a 30 chevaux par kilomètre carré, ils foulent et tassent la neige, ce qui constitue un très bon isolateur thermique. S’ils foulent la neige, le permafrost sera bien plus froid durant l’hiver. L’introduction des herbivores peut réduire les températures du permafrost et ralentir la fonte ».
Dans les grandes plaines aux États-Unis et au Canada, un plan similaire de restauration du paysage et de ré-ensauvagement du territoire émerge. Créé par Deborah et Frank Popper, ce plan préconise l’acquisition graduelle de pâturages et de terres agricoles à travers l’Ouest et le Midwest, dans le but de créer une vaste réserve naturelle appelée la Buffalo Commons, soit 10-20 millions d’acres de nature sauvage, une zone 10 fois plus grande que le plus grand parc national des USA (le parc nationalWrangell-St. Elias en Alaska).
Dans ce parc, les Poppers imaginent une grande prairie native, où des prédateurs poursuivraient des hordes vagabondes de bison américain et d’autres ruminants qui poursuivraient eux les herbes changeantes, elles-mêmes poursuivant les pluies capricieuses. La nature fluctuante du terrain des grandes plaines requiert de l’espace, et ce projet lui en propose d’une ampleur inégalée depuis des centaines d’années.
Dans certaines parties du Montana, l’ouvrage a déjà commencé. De nombreux propriétaires terriens ont vendu leurs fermes à des groupes de conservation privées afin de remplir les blancs entre les sections isolées des grandes parcelles publiques. De nombreuses tribus indiennes, à travers les États-Unis et le Sud du Canada, œuvrent également à la restauration du bison, qui constitue non seulement une nourriture traditionnelle, saine et de qualité, mais qui contribue également à la biodiversité et à la restauration de la santé des prairies, entre autres à travers leur tendance à se rouler par terre, qui crée de petites zones humides.
Les prairies ont non seulement la capacité de restaurer la biodiversité et de servir de source de nourriture abondante et riche en nutriments, mais également de stabiliser le climat mondial. Les sols du monde ne survivront plus très longtemps aux civilisations agraires. Si les labours continuent, cette culture finira comme celle de l’île de Pâques, comme les mayas, les grecs, les macédoniens, les harappéens, ou comme l’empire romain – soufflée par le vent. Notre air est plein des restes des sols anciens, qui prennent enfin leur revanche contre les mauvais traitements que nous leur faisons subir.
La terre ne veut pas de nos champs. Elle appelle le retour des bisons. Elle aspire au retour des prairies, des forêts, des zones humides, des oiseaux. Au retour des humains, mais de ceux qui savent vivre en bonne harmonie avec le sol et tous ceux qu’il fait vivre. La terre cherche l’équilibre, et nous pouvons aider. Nous pouvons prendre soin du sauvage et nous tourner vers d’autres modes de subsistance, ceux qui ont fait vivre nos ancêtres pendant des millions d’années. C’est la seule stratégie qui prenne en compte les besoins du monde naturel, les besoins d’une terre libérée de la charrue et des tracteurs.
Avec le temps, avec la chance et beaucoup d’efforts, le carbone ancien sera retiré de l’atmosphère – doucement, au début, mais de plus en plus vite ensuite. Les critères du succès sont clairs : un climat apaisé, des rivières qui s’écoulent librement, une biodiversité remontante. Les tâches pour parvenir à ce succès sont des défis immenses, mais à l’aide de ceux qui croient en la restauration du sol, nous pouvons défaire 8000 ans d’erreurs, et finalement commencer à vivre à nouveau en tant qu’une espèce comme les autres, à sa place, dans sa maison, en paix et en équilibre, libre du fardeau des errements de nos ancêtres.
Max Wilbert
Bibliographie:
Climate meddling dates back 8,000 years. By Alexandra Witze. April 23rd, 2011. Science News. http://www.sciencenews.org/view/generic/id/71932/title/Climate_meddling_dates_back_8%2C000_years#video
U.S. Environmental Protection Agency. Global Emissions. Accessed June 23rd, 2012.http://epa.gov/climatechange/ghgemissions/global.html
The prehistoric and preindustrial deforestation of Europe. By Kaplan et al. Avre Group, Ecole Polytechnique Federale de Lausanne. Quaternary Science Reviews 28 (2009) 3016-3034.
Le savoir ne vaut que si il est partagé !!!
Pépito




















































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